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L'un était allemand, l'autre français.
L'un et l'autre étaient paysans, pratiquants, haïssaient la guerre et se méfiaient du patriotisme des hommes.
Ce dix avril 1939, c'est Frantz le paysan bavarois, qui reçoit son ordre de mobilisation et intègre la Wehrmacht.
Il y attendra le départ de son convoi qui suivit tranquillement les divisions Panzers et la Luftwaffe chargées d'écraser rapidement la ligne Maginot et l'armée française.
Ce deux septembre 1939, c'est Louis le paysan d'ici, qui reçoit son ordre de mobilisation et intègre une longue colonne d'hommes et de chevaux tractant
des canons en direction du front.
Lorsque son convoi éclate dans un mélange de sang et d'acier sous les sirènes
et les bombes des Stukas.
Pour lui, la guerre est apparemment finie et il reprend comme il peut le chemin
de sa ferme.
Ce mois de juin 1940, alors que l'on vit dans l'angoisse de l'arrivée imminente des allemands (tueurs d'enfants et violeurs de femmes comme le disait la rumeur),
un groupe mécanisé s'arrête pile devant la ferme du Louis avec l'ordre de
s'y installer.
Le sang glacé, ses dernières prières dites, ayant aidé sa femme et sa mère à s'enfuir par l'arrière de la maison, Louis vint seul à leur rencontre.
Lorsque contre toutes attentes, Frantz sauta d'un camion et plia délicatement une
jeune greffe du verger afin de la protéger du passage des véhicules.
Commença alors une longue cohabitation forcée qui donna aux deux hommes le temps de se comprendre.
Louis s'aperçoit vite que la consigne des allemands est de se faire accepter par
la population malgré leur tâche consistant à réquisitionner des denrées alimentaires pour l'Allemagne.
Il sent aussi leur peur du dérapage, de la SS et leur possible affectation sur le front meurtrier de l'Est.
«Guerre nicht good» disait discrètement Frantz au Louis qui acquiesçait .
Déjà, de jeunes résistants s'attaquent aux écluses autour de Besançon et tentent d'empêcher l'envoi des réquisitions, mais ici, la proximité et l'exécution potentielle d'otages civils paralysent la résistance locale.
Louis se retrouve bien seul dans cette situation délicate car la méfiance et un cordon sanitaire étanche aux informations s'organise autour de lui.
Un compromis de fait s'installe entre les deux paysans ; rien à demander pour l'un et rien à dire pour l'autre, ce qui finalement arrange tout le monde.
La ferme, l'élevage et les cultures deviennent les sujets de conversation
du quotidien.
Un jour, Frantz promis de rapporter une brouette allemande qu'il jugeait bien meilleure que la franc-comtoise.
Ainsi, dans l'Europe dominée alors par la haine et les barbaries, une France s'adonnant en grande partie à la dénonciation intéressée, ici un respect puis une amitié s'installent progressivement entre les deux hommes.
En septembre 1944, les américains et la résistance investissent le village.
N'ayant pas de temps à perdre, ils ordonnent à Louis d'enfermer les allemands
dans la cave.
Ce jour là, les rôles s'inversèrent du tout au tout, les allemands passèrent d'occupants à prisonniers et Louis d'occupé à geôlier.
Mais la relation établie entre les deux paysans ne s'effaça pas pour autant et le prisonnier eut droit au même respect que celui dont il avait fait preuve auparavant.
Les prisonniers allemands furent affectés aux travaux forestiers, (l'école de Coulans en hébergera une cinquantaine ), la France était devenue miraculeusement toute résistante, mais Louis dû accepter sa double peine: la suspicion.
Au lendemain de la tourmente, une main anonyme peignit une croix gammée sur la façade de sa maison.
Ce geste était d'autant plus irréfléchi qu'il ne s'agissait vraiment pas là d'une maison de collabo mais plutôt la maison de deux autruches qui n'ont pas eu d'autres choix politiques à l'époque.
Au contraire, le motus et bouche cousue fut de mise au canton et Reugney put réceptionner des parachutages connus de tous et dont les armes abîmées étaient réparées par la maison Garnier à proximité de celle du Louis, au nez et à la barbe des ''boches''.
Quelques décennies plus tard, Frantz revint comme promis revoir le Louis avec sa fameuse brouette de race supérieure...
Mais cette fois-ci, la discussion porta sur la construction européenne.

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