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Au XIII ième siècle, chaque village ou presque confond son nom avec sa petite famille noble correspondante.
En 1359, Le village de Coulans est encore représenté par Pierre de Coulans (Pétrus de Coulhans) qui prend ses fonctions de curé de Déservillers et Odin qui occupe le poste militaire de Bouclier à la ville de Salins.
À quelques encablures de là, dans sa maison forte, la famille de Bolandoz est connue par son dernier rejeton: Jean de Bolandoz (il est le quatrième du nom depuis Guyon de Bolandoz).
Comme les d'Alaise et les d'Eternoz, tous les nobles de village sont vassaux de l'illustre et ancestrale famille de Scey.
À ce deuxième niveau de pouvoir, les Scey règnent sur une des six divisions de l'ancienne Maxima Sequanorum de l'an 400, le Varais.
Mais le Varais n'est qu'une partie de la châtelenie d'Ornans (50 villages).
À ce troisième niveau, c'est la Comtesse Marguerite de Chalon-Arlay qui a tendance à absorber tout le monde...
C'est à cette époque que se tient encore à Eternoz, le plus grand marché de chevaux porte-armures de France !
Les acheteurs s'y retrouvent pour le compte des chevaliers d'alors.
L'autorité noble et ses lois se fondent donc sur une hiérarchie à trois niveaux qui se complexifie au fur et à mesure des mariages, remariages, décès et naissances...
On fini par recenser jusqu'à cinq propriétaires différents dans le même village et ses granges isolées.
En plus de créer une jalousie du bas vers le haut, cette organisation des pouvoirs crée une concurrence au premier niveau entre les fiefs locaux.
Pour exemple, lorsque les de Bolandoz tiennent fief à Eternoz, les d'Eternoz tiennent fief à Bolandoz et les conflits démarrent vite...
L'équilibre des rapports de force est donc déjà fragile lorsque ce 8 mai 1360, le traité de Brétigny libère des milliers de soldats sur les routes.
C'est maintenant le Roi d'Angleterre qui règne sur la partie ouest de la France et licencie ses soldats volontaires devenus inutiles.
Convertis en bandits, ces derniers ne tarderons pas à porter le nom redouté de Routiers ou Grandes compagnies, il faudra plusieurs années à Marguerite pour s'en débarrasser au pays Loue-Lison.
Cette histoire commence par notre Jean de Bolandoz qui se morfond dans sa petite condition de bas-officier, il ne roule pas sur l'or car son fief est trop petit.
Son dernier engagement date d'avril 1361 à la bataille de Brignais et n'a plus d''apport financier depuis.
L'occasion d'enrôler ces brigands était trop belle, mais il faudra piller pour les payer...
Quand la troupe fut constituée en 1363, elle lui donna le nouveau nom de Capitaine Brisebarre.
Brisebarre a deux atouts, il connaît parfaitement la région et entretien une complicité forte avec son seigneur direct Thiébaud de Scey qui est également son oncle.
Le voici donc à la tête d'une petite armada de voleurs trop nombreux pour loger dans sa maison forte à Bolandoz.
On décide d'investir carrément la forteresse de Scey !
En réalité, Thiébaud de Scey lui ouvre le pont-levis et feint même d'être prisonnier.
La manœuvre est habile car il craint les foudres éventuelles du pouvoir supérieur de Marguerite...
Depuis sa nouvelle forteresse imprenable, Brisebarre va jusqu'à piller la ville d'Ornans où ses routiers rançonnent les bourgeois-commerçants en 1363.
Sa troupe se renforce ce qui l'oblige à voir toujours plus grand dans les méfaits.
Il est fort à penser que le noble Brisebarre soit lui même dépassé par sa troupe d'étrangers qui peuvent vraiment tout se permettre contrairement à lui.
Toujours est-il qu'en 1364, il est allé beaucoup trop loin lorsque ses routiers ont ramené à la forteresse un nouveau prisonnier pour rançonner la famille.
Ces inconscients avaient mis la main sur Henri de Vienne, le bras droit de Marguerite, seigneur de Vuillafans.
Pire, ils ont estourbis sa garde et occis ses valets.
Pour poser un guet-apens à Henri de Vienne, il fallait connaître ses déplacements et seul Thiébaud de Scey pouvait être au courant...
Ce dernier venait juste de racheter son château aux comtes et ducs de bourgogne en 1359, a-t-il vu là l'occasion de vite rembourser ses 4200 florins de dettes?
Brisebarre est désormais complètement dépassé entre ses routiers et son hôte qui est officiellement son prisonnier.
En kidnappant un de Vienne, les routiers espèrent une colossale rançon de la part de Marguerite, mais c'est très mal connaître la maison de Chalon-Arlay...
Marguerite réunit tous les grands du pays en la ville de Quingey, ordonna qu'on lui ramène ce Brisebarre et fournit pour cela 30 hommes d'arme et 300 sergents.
Toute la chevalerie de la Comté répond à l'appel, les bannières d'Arbois, de Poligny et de Baume se déploient devant les remparts de la forteresse, même les villes fournissent leur milice.
Le seigneur de Châteauvieux, Thiebaut de Rye fut chargé du commandement de l'expédition qui vint camper devant la place aux cris de ''Vive de Vienne ! ''
L'occasion de démontrer la vaillance des familles nobles est trop forte et malgré la pluie de flèches et la grêle de pierres, les assaillants comblent les larges fossés avec des fagots de bois.
Commence alors l'assaut des murailles à coup de bélier où s'ouvre bientôt une brèche...
Le 6 janvier 1365, la forteresse tombe aux mains de Marguerite et la légende prétend que Brisebarre fut précipité du haut des remparts avant que son corps ne soit jeté dans la Loue pour empêcher une inhumation chrétienne.
Débute surtout un long conflit entre l'ex-otage Henri de Vienne à qui il n'avait pas échappé que l'ex-prisonnier Thiébaud de Scey était complice de Brisebarre.
Thiébaud de Scey finira dépouillé de tout, notamment de ses propriétés de Coulans où Marguerite avait également vendu les siennes pour financer le siège de la citadelle.
L'expédition furieuse était emmenée par les deux fils de Vienne (Jean et Vaucher) qui venaient libérer papa...
À partir de là, les Viennois et Marguerite vont s'acharner sur les De Scey jugés
comploteurs et toutes leurs propriétés (comme celles de Coulans) où ''les villages furent incendiés, terres ruinées et populations décimées.''
Le seigneur Thiébaud de Scey mourut en 1380, dépossédé de tout sauf de son droit
familial ancestral d'être enterré en l'église Saint-Etienne de Besançon.
C'est à cause de ce conflit que Coulans passe sous la domination des de Cousance (Béatrix pour l'achat des biens de Marguerite et Gérard pour les achats de ceux de Thibaud).
Henri de Vienne, le haut noble qui ne digère toujours pas d'avoir connu le cachot, ne peut freiner sa soif de vengeance.
L'histoire ne dit pas qu'il est probable que ce soit le curé du village de Déservillers, qui arrangea les choses pour garder la vie sauve à Brisebarre et sa famille noble de Bolandoz.
Dès les premiers assassinats, viols et pillage de nos villages, l'épouse Brisebarre prit la poudre d'escampette.
Elle s'appelait Agnès, fille de Jean de Poligny, se remaria deux fois protégée par son assignal de mariage qui lui confère les droits de son premier mari.
Par contre, sa sœur Jehanne de Bolandoz, qui n'avait pas démérité de son rang eu la vie sauve grâce au deal qu'avait sans doute concocté notre curé...
Elle dut engager tous ses biens dans l'établissement d'une maladrerie qui se confondra bientôt avec l'ancienne maison forte familiale, ajouta aussi un oratoire à proximité en l'honneur de Notre-Dame des malades ou des Aventures.
Concernant le véritable sort qui fut réservé à Brisebarre, vous n'allez pas nous croire...
C'est sans doute un banal routier qui s'écrasa aux pieds des falaises du château de Scey-en-Varais, dénoncé par ses acolytes comme étant Brisebarre.
Notre curé, Pierre de Coulans qui officie à Déservillers connaît parfaitement Brisebarre de Bolandoz dont la maison forte se situe sur le chemin du village.
Il lui réserve une alternative inattendue découverte sous la cote G350 aux archives du Doubs où Jean de Bolandoz réapparaît comme curé de Coulans-sur-Lison en 1378 !!!
En ces temps où la vie de nos bourgades est gérée par une poignée de noble locaux, Odin de Coulans, le bouclier de Salins auprès de Marguerite, a peut-être joué aussi un rôle.
On sait que Coulans-sur-Lison est depuis au moins le VII ième siècle un lieu de sainteté de grande renommée.
À l'époque de Brisebarre, les grandes familles de Mièges ou Nozeroy viennent encore y enterrer les leurs.

Le temps effacera les restes de la maison forte des de Bolandoz connue encore en 1577 sous le nom de ''Chasault de la Maison Messire de Bolandoz, Chevalier'' .
Au 19 ième siècle, les premiers archéologues indiquent: ''Castraménation du château Dame Jeanne, enceinte large de 63 mètres sur 65 de long, protégée par un fossé'' et '' restes de la maladrerie de la terre de Montmahoux connue sous le nom de Notre-Dame-des-Aventures''.
Au village de Bolandoz, dans l'ancienne maison Salomon, une dalle en provient et porte cette inscription : ''Cy gi fut Batazar Sainctet de Fartans, jadis malade céans, lequel tréspassa le quinzième juin 1569, lequel ai fa la citerne de céans et enterré les morts''.
Car la maladrerie de 4 ou 6 lits pour lépreux perdurera jusqu'au 18 ième siècle.
Un texte de l'époque indique l'existence d'une chapelle voisine.
Lorsque l'activité de la maladrerie fut rattachée à l'hôpital d'Arbois, elle est démolie et l'on supprime le poste de gardien.
Or, pour les habitants des villages voisins, (Déservillers, Bolandoz et Amancey) le lieu était devenu depuis longtemps sujet à des pèlerinages.
Sans gardien, les pèlerinages sont vite devenus de joyeuses fêtes...
L'Officialité diocésaine ordonna en 1754 la fin du pèlerinage.
Du petit oratoire primitif, on sauvegarda la statue de la Sainte vierge en la plaçant à l'église de Bolandoz.
Pour une autre histoire, on a gravé sur son socle : ''Elle a préservé nos pères en 1639 de l'erreur et de la mort''.
En 1885, tout avait disparu lorsque le curé de Bolandoz entreprit avec ses paroissiens de construire la petite chapelle que l'on aperçoit aujourd'hui à l'entrée du village, au milieu de nulle part...
Elle est toujours dédiée à Notre Dame des Malades pour le souvenir de Dame Jeanne de Bolandoz mais aussi à Notre Dame des Aventures pour le souvenir de son fougueux frère : le fameux Capitaine Brisebarre .
Il est remarquable que le premier écrit contenant le nom ''Franche-Comté'' de 1366 soit également celui qui mentionne la ''Terre de Bolandoz de Messire Jehan dit Brisebarre''.
Cette vieille histoire ne serait qu'un souvenir d'antan si notre Brisebarre qui n'est qu'un bandits sans foi ni lois pour les ornanais d'aujourd'hui, n'était pas encore un héros à Bolandoz...

 

1378, cote G350, archives du Doubs.

Plaine de Bolandoz, carré en pointillé sur le cadastre au château dame Jeanne.

La petite chapelle.

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