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Bien plus que la guerre, la peste a littéralement traumatisé la population survivante.
D'où venait-elle si ce n'est du diable en personne.
Voici l'édit de 1604 : '' Quiconque aura été aux assemblées diaboliques des sorciers
et sorcières et donné quelques maladies aux hommes ou bêtes sera châtié de la
peine de mort. ''
Des potences carrées à quatre piliers reliées de poutres en hauteur (fourches patibulaires visibles sur les vieilles cartes) permettaient de pendre et d'exposer plusieurs châtiés en même temps, là où le seigneur local avait droit de justice haute
sur ses sujets.
Pierre Symard, l'inquisiteur de Quingey, passe à l'acte.
La présence d'étrangers dans les villages alimente la crainte du sortilège, les prisons de Quingey et de Salins se remplissent vite.
La férocité du seigneur de Montfort (François de Poligny) dont les terres s'étendent jusqu'à Refranche va s'abattre sur sa population, (un mur de pierre protège encore Coulans du domaine de ce sanguinaire).
On dénonce un ou une sorcière, le seigneur lui extirpe des aveux sous la torture, l'exécute publiquement et la société hiérarchisée peut perdurer au profit
du seigneur protecteur.
Trouver des coupables devient donc nécessaire...
Voici l'histoire de onze exécutions dues aux aveux de deux enfants de 11 et 13 ans :
Simone Deboichat, son fils Renobert Bardel et ses deux petits-fils sont dénoncés.
Il est probable que la carrure et la force herculéenne de Renobert (dit Gros Denis) soient à l'origine de l'accusation.
On fit boire la pauvre et vieille Simone jusqu'à la lie pour qu'elle dénonce à son tour Anatholia Sergent comme complice.
Le procureur Andrey emmena au château la future suppliciée ainsi que quatre
autres femmes.
Pourtant, ces cinq femmes jouissaient d'une excellente réputation et la population
se mit à douter.
Au petit jeu ''je sauve ma peau en dénonçant un autre'' on ne sait jamais sur qui
cela va finir...
Anatholia, originaire de Refranche, fille de Clémence Bergier de Lizine avait un fils et trois filles d'un second mariage avec Jean Bernard.
Boitante, elle ne pouvait travailler aux champs et se consacrait à l'adoration divine.
Hospitalité aux religieux de passage, aumônes aux pauvres matérialisait sa dévotion.
Désormais les fers aux pieds, on lui appliqua les tortures que sa santé pouvait supporter : l'examen à l'aiguille par le chirurgien (Gremaud de Salins) pour tester son insensibilité due à son pacte avec le démon ainsi que l'enfermement dans le cachot qui rendait fou.
Description du cachot : ''Derrière le four s'ouvrait dans le sol une ruelle de trois pieds et demi de largeur qui conduit à une porte de chêne de l'épaisseur de deux doigts; après celle-ci une deuxième, puis une troisième porte de même épaisseur, mais celle-ci percée d'une ouverture de deux tiers de pied; par elle on pénétrait dans un réduit de dix pieds de long et trois pieds et demi de large. Pas d'autre ouverture que le guichet de la troisième porte, guichet qu'on n'ouvrait que pour passer aux prisonniers leur maigre pitance; ils étaient donc dans l'obscurité la plus complète.''
Mais Anatholia niait toujours entre deux évanouissements.
Finalement, c'est dans le cachot, les immondices jusqu'aux chevilles et dans une odeur insupportable qu'elle se résigna à avouer.
Un jour d'avril, la sentence des juges laïques tomba et le convoi des suppliciées guidé par messire d'Amondans et le religieux de service de Montureux suivi par la foule emmena les sorcières à la potence près de la croix de Lizine.
Tous les sujets de la seigneurie sont tenus d'assister et de demeurer jusqu'à la fin de l'exécution sous peine d'amende.
L'huissier ouvrait la marche suivi des cinq sorcières têtes chenues et rasées :
la Simonne Deboichet tâtant la route avec son bâton, la Claude Bernard dite la Regnaude à l'air hébété, l'Anatholia de Lavans dite la Mareschaude à la démarche saccadée d'automate, la Marguerite Tournier et enfin notre Anatholia Sergent l'épouse Bernard.
Une à une, le seigneur ordonna la pendaison puis le bûcher.
Au tour d'Anatholia, son mari en pleur lui cria:
«sauve ton âme, ne craint pas pour le déshonneur: avoue!».
Les manants retournèrent chez eux, en silence cette fois, la tête résonnant encore des dénégations de la suppliciée que la corde a étouffée, de l'odeur du brasier et du doute qui pesait sur les consciences car la population savait l'origine intéressée de la délation.
En septembre 1662, le tyran était mort, le vice président du parlement François Bonnefoy vint auditionner la population à ce propos, peu à peu il comprit que cette femme était innocente.
''Il est dangereux en ces temps-ci d'avoir choqué le moindre paysan, il ne faut qu'un malotru qui aura besoin d'un bout de votre champ puisse donner commencement à votre ruine totale.''

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