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I - Pages d'histoire

L'ombre de la guerre plane en campagne où depuis des années déjà, des norias de soldatesques traversent la Comté.
Des suisses allant servir le roi de France, des italiens de retour des Flandres font ''grand dommage dans les villages''.
Le problème est que ces troupes sont de plus en plus nombreuses et fréquentes.
En novembre 1577, on ordonne pour une armée espagnole ''comprenant 17 compagnies de chevaux, 27 d'infanterie, il faut à chaque étape par homme 2 livres de pain blanc, 1 livre de bœuf, ½ livre de mouton ou de veau, 3 chauceaux de vin; aux chevaux 1 livres de foin et 3 picotins d'avoine, de 6 à la mesure de Dole ''.
Malheur aux villages qui sont sur leurs chemins.
Au passage des troupes, il faut ajouter les bandes de vagabonds, d'éclopés, de déserteurs et de pillards qui, à tout moment apparaissent sur les chemins menant au village.
Un édit du 12 mars 1579 permet aux habitants de s'assembler en armes et de sonner le tocsin, ''pour courir sus aux voleurs et brigands qui circulent par bandes''.
Dans chaque village est institué un ''chef d'expédition'' contre eux et leurs dépouilles et biens appartiennent à ceux qui les arrêteront...
A partir de 1582, ces contacts apportent la peste qui a de nouveau endeuillée le village.
Il ne reste que cinq familles en 1594 mais la chapelle est restaurée puis bénie,
le tableau de Bénigne Sambin orne désormais ses boiseries.
La Franche-Comté est alors protégée par l'Espagne (Philippe II), rattachée administrativement aux Pays-Bas et gouvernée de Bruxelles.
Les officiers d'intendance de l'armée espagnole qui réquisitionnent vivre, argent et bétail aux paysans, montre l'ordre des richesses de Coulans car le village doit donner deux moutons et le curé 440 kg de froment.
Déjà, les forges de Scey-en-Varais fabriquent des armes et munitions.
Au début de l'année suivante, c'est la catastrophe et tout va s'accélérer:
Le 24 janvier 1595, Henry IV déclare la guerre à l'Espagne et pénètre en Comté,
son armée grossit à 10000 hommes avec des locaux pillant les chevaux.
Il a pour objectif les salines de Salins, au grand malheur de Coulans.
Le 5 mars, c'est Pierre d'Esterno qui dirige la défense de Salins alors que
12000 soldats de Philippe II entrent en comté à son secours.
Le 5 juin, Quingey est incendiée, Le 1 août, un détachement français attaque Ornans mais les ornanais les repoussent, le 4 août, Arbois tombe avec plus de 300 morts.
Le 5 août , le pont de Chiprey (à la charge de Lizine) est coupé pour ralentir les français et protéger Salins, le 12 août, Poligny évite le saccage contre bijoux, vaisselle et reliquaire des églises; ce n'est qu'à la fin de ce terrible mois d'août qu'Henry IV quitte la Comté après un second siège raté de Salins.
les villages sont en grande misère, seuls Salins et Sainte-Anne ont tenus.
Voici les témoignages de paysans lors de leurs demandes de compensations:
« Le passage et repassage des compagnies (espagnoles avec écharpes rouges) ayant commis plusieurs levées de gens pour la garde des forteresses, la plus grande partie des habitants a été contraint d'abandonner leurs maisons. Plusieurs autres compagnies ayant pris plusieurs des logements aux villages avec tel travail et frais qu'il se voit aussi la plus part réduit en grande misère et calamités, aux uns contraints de quitter et abandonner le lieu, les dits ennemis (français avec écharpes blanches) ont courus jusque rière eux, y ravager, piller, saccager jusqu'aux meubles qu'étaient dans les églises. Fait prisonnier aux uns, tuer, battre et mutiler avec toutes les inhumanités que l'on ne peut dire. La plus part des juments ont été enlevées par l'une ou l'autre des gendarmeries, les bœufs, les vaches, brebis, moutons en grand nombre. »
« L'invasion et hostile entrée de l'ennemi en l'année 1595 a rapporté indicibles pertes et dommages, ravages, emprisonnements, feux et autres par lesdits ennemis. Les ravages des compagnies qui se sont fait audit pays et avait réduit le pauvre peuple en grande misère et calamités, fait cesser quasi par toute l'année les commerces, trafics, comme aussi les caractères de justice, tenues des foires. »
Ces soldats laissent la peste en souvenir dans la vallée dès le mois suivant...

 

Des multiples tentatives de conquête française, celle appelée la guerre de dix ans (1635-1643), fut un summum de barbarie en Franche-Comté.
Des événements qui vont suivre, les villageois disaient que même les statues de la vierge pleuraient à cette époque.
Le nom même de français fut maudit durant le siècle par les comtois.
Tout commence par la ruine des coulanais qui doivent ''soldoyer'' et ''charroi'' de vivres aux soldats comtois, les premières fuites en Suisse commencent.
Refranche supportera Don Gabriel de Tolédo et ses cavaliers pendant quatre mois !
Puis, le 28 avril 1636, les gouverneurs de la Comté ordonnent à toutes les communautés villageoises de fournir des soldats pour contrer Louis XIII et Richelieu aidés ''des suédois'' (en réalité des mercenaires allemands) commandés par Bernard de Saxe-Weimar qui arrivent par le nord de la comté.
Ce printemps, l'armée de France passe la Saône avec 20000 hommes (dont 5000 cavaliers), au 24 juin, Quingey est brûlé, sans les fourrages de l'été, 12000 tête de bétail vont mourir cet hiver là.
En 1637, c'est le colonel Reinhold Von Rosen (avec 2000 hommes) qui brûle Nahin, attaque le château de Cléron et détruit celui de Fertans, Coulans est ravagé.
Il est difficile de décrire les témoignages de mise à mort des paysans tant ils sont divers et cruels, l'imagination des tortionnaires fut ici sans limites !
Le paysan n'a pas d'autre choix que de se réfugier dans les grottes et devient à son tour soldat, il pille et harcèle les détachements français isolés pour nourrir les siens.
Sa maîtrise du terrain lui donne l'avantage.
«Aucun chemin ne mène là où ils vont. Un ruisseau que la douceur de l'hiver n'a pas gelé guide leurs pas.
Le passage dans lequel ils se sont engagés se resserre et s'achève en cul-de-sac. Leur refuge est là, dans la falaise abrupte qui bouche l'étroite et courte vallée.
Une grotte, (la Baume de Mataflan) les protégera de l'ennemi comme ''des amis'',
qui ne diffèrent que du nom et de l'écharpe, les manants sont plus assurés avec
les bêtes qu'avec les hommes.»
En juin 1638, c'est Salins qui est attaquée par 4000 fantassins et 800 chevaux.
Une seconde armée se poste entre Arbois et Salins et attaque Poligny le 19 juin.
La ville est incendiée le 25, le fort Grimont tient deux jours de plus.
Ces détachements viennent ensuite renforcer les effectifs autours de Salins.
Le fort Grimont devient la base française des pillages alentours, (dont Coulans).
«Le menu peuple ne vivaient plus que d'herbes et racines qu'ils cueillaient indifféremment, ce qui les rendait jaunâtres, décharnés et plus semblables aux morts qu'aux vivants.»
« En 1638, on en vint à manger les charognes des bêtes mortes...
On en vint enfin à la chair humaine.
Dans l'armée, on mangea les blessés qui venaient d'expirer; dans les familles, on vit des frères manger leurs frères » (Girardot de Salins).
Le 9 juillet, Arbois tombe et évite l'incendie total pour 40 000 francs mais les habitants doivent démanteler le château de Montigny-les-Arsures le lendemain.
À Salins, pendant qu'une armée tente de forcer la porte de Malpertuis l'autre campe à Ivory et ravage les villages des plateaux (encore Coulans),
mais le siège est un échec.
''Tout se perdrait si Salins se perdait'', (Don diego de Saavedra Fajardo).
Désespérant de voir Salins tenir, Weimar incendie la totalité des villages (quatrième passage sur Coulans) de Pontarlier jusqu'à Salins ( à une exception près pour avoir ferré ses chevaux! ).
« Du château de Montmahoux (qu'il ne purent où ne voulurent forcer) on vit en un seul jour plus de soixante villages en flammes »'.
« On voyait depuis Sainte-Asne de jour, la fumée en nombre d'endroits, et de nuit, la lueur de plusieurs centaines de villages et d'habitations isolées brûlant à la fois, et répandant autant de clarté que le soleil ».

Dix janvier 1639, ( l'hiver fut sans neige) les mercenaires viennent à nouveau prêter main-forte aux français pour 14 millions d'euros de nos jours (12000 fantassins et 6000 cavaliers).
Débute alors une campagne sauvage de six mois qui ravage la Comté Espagnole.
Très rares sont les maisons portant aujourd'hui une inscription antérieure à 1639.
Le 2 février, la panique s'empare de tout le plateau, s'il faut fuir,
c'est maintenant ou jamais!
1500 réfugiés et retrahants ayant droit de se mettre à l'abri dans la forteresse de Sainte-Anne vont s'y entasser avec leurs vivres et pécules.
Ce choix ne leur porta pas chance car après avoir été ruinés pour payer l'entrée puis dépouillés par la garnison, ils mourront presque tous de la peste dans ce lieu sans eau et sans hygiène.
Beaucoup de villageois formeront des convois avec le gros bétail attelé aux grandes voitures, chargées des meubles et denrées, où il ne reste que peu de place pour asseoir la famille et ainsi rejoindre les pays de Suisse, de Savoie ou d'Italie.
L'armée Comtoise ( 1500 hommes et 150 cavaliers ) est essentiellement composée de troupes de paysans armés ayant un capitaine de milice (pendu si prisonnier),
elle ne peut défendre que quelques villes, mais des bandes de partisans Comtois viennent les seconder dans les campagnes avec un millier d'hommes.
Ces maquisards jurassiens avant l'heure ont un leader,
Claude Prost dit ''La Cuzon'', (le souci en patois).
Nos villageois (appelés Cuanais pour Séquanais) garderont des siècles durant l'expression ''mauvais comme un Suédois'' (appelés Schweds ou Suadais).
Weimar remonte d'abord la haute vallée du Doubs (en incendiant les villages et brûlant vifs ceux qu'il attrape) jusqu'à entrer dans Ornans le 15 février.
Les habitants sont réfugiés au château car lorsqu'une grotte cachant des villageois est découverte, Weimar la mur, l'engazonne et plante des arbres par dessus.
Le courageux père Marchand (tout juste dévalisé en allant à sa rencontre) l'attendait seul devant la cité.
Il négociera la préservation de la ville contre une rançon qu'il saura ramener de 1200 à 300 pistoles d'or ( et 25 muid de bon vin !).
Ce même jour, les châteaux de Maillot, Châteauvieux et Chastel Saint-Denis résistent encore à l'ennemi.
La citadelle de Saint-Denis est investie mais le château reste imprenable,
les suédois montent un siège en règle et la faim tenaille les assiégés.
Le capitaine Lhoste n'ayant avec lui que des paysans peu exercés dû jeter le dernier
jambon (sujet à trop de disputes internes) par dessus les murailles.
C'est alors que les suédois, croyant à l'opulence, levèrent le siège sous les yeux éberlués des affamés !
Par bonheur, celui qui regrettait de ne pas avoir mis le feux aux forêts Comtoises,
pour ne plus pouvoir rebâtir après lui, meurt le 18 juillet du charbon de la peste.
Sa mort ravive la résistance Comtoise, entre le 14 mai et le 9 août,
sept châteaux sont repris.
À l'été 1640, sur ordre de Richelieu, 3000 paysans Bressans viennent faucher les blés avant maturation autour des villes résistantes pour les affamer (c'est la guerre des moissons).
Les hommes de Lacuson coupent à la hache la main droite de ceux qu'ils prennent
la faux à la main avant de les renvoyer en Bresse, où la population dira longtemps:
''De Lacuson et de la fièvre, délivrez-nous seigneur''.
En décembre, l'armée Comtoise (800 fantassins et 100 cavaliers restants)
défend encore Gray, Dole et Salins.
Le 18 juin 1641, Ornans s'en sort encore pas mal avec son père Marchand qui descend la nouvelle rançon de 500 à 200 pistoles.
Le 15 février 1642, les troupes Comtoises tentent de reprendre par un siège le château de Grimont dominant Poligny.
Dans la haute vallée de la Loue, il est deux communautés qui échapperons au massacre général: Vuillafans est épargné pour son vin et Mouthier pour ses poissons.
De Grün, un officier allemand commandant de la forteresse de Joux, écrit aux gens de Vuillafans le 30 octobre 1643 : « Messieurs, comme la saison est venue où vous avez promis d'user de reconnoissance de vin envers moi, comme ainsi soit que l'Eternel vous auroit donné une bonne et riche vendange, aussi veux-je croire que me ferez voir les effets de vos promesses réitérées, de me faire avoir plus grande quantité de vin que vous n'auriez fait les années précédentes; ce qui me donnera occasion de continuer l'accord qui est entre nous. (de ne pas vous tuer...)»
Ce vin permet d'entretenir de bonnes relations avec l'envahisseur, le curé de Frasne dira du sanguinaire de Grün: « brave homme, quoique luthérien. »
En 1644, treize villes sont totalement incendiées, les granges, les ponts, les routes
et les moulins ont disparu mais Louis XIII n'a pu soumettre la Franche-Comté.
Pour réorganiser la distribution du sel salinois, le recensement de 1657 indique que
cinq familles (totalisant quinze enfants) ont réinvesti et reconstruit le village de Coulans depuis une douzaine d'années, (les ursulines de Poligny ne rentreront qu'en 1647).
Ils sont surendettés car la guerre a coûté en moyenne 759 francs par village et le salaire journalier d'un vigneron est de 10 gros (1/12 de Frs).
Parmi ces nouveaux pères déjà à la quarantaine, on recense un étranger (un savoyard) réputé pour sa rigueur au travail dont la première difficulté fut de retrouver les limites embroussaillées des parcelles.
Après cette meurtrière défaite, leurs enfants subiront à leur tour le rêve français de soumission comtoise se réaliser 34 ans plus tard par Louis XIV sur une Comté encore à genoux et son ''armée invisible''.


Mais revenons à cet inconnu Claude Prost qui, avec 300 francs d'héritage,
quitte sa femme enceinte de jumeaux pour courir, dès le mois de mai 1636,
au secours des frontières de la Comté, jurassien fidèle à la couronne d'Espagne, connu en trois mois dans toute la région comme le Capitaine Lacuson.
Six grottes portent encore son nom dans la région.
Ce surnom est dû à son caractère stressé qui le faisait trembler avant les combats.
''Ah! Chair! Ne faut-il pas que tu pourrisses? Qu'as-tu peur?'' disait-il en se mordant avant bataille pour dominer ses tremblements.
En octobre, il mène sont premier propre combat et crée le premier corps franc.
Nahin (16 familles) est depuis ses grottes un haut lieu de repli de ''brigands'' opérant sur le chemin encaissé conduisant à Cléron par les berges de la Loue,
les mercenaires le rasent donc en 1637 pour en finir avec ce coupe-gorge où disparaissent ses queues de convois.
En 1638, Lacuson organise aussi des raids dévastateurs contre les français bressans
avec ses 800 hommes.
En 1639, c'est Myon qui est détruit car il pose problème aux mercenaires.
En 1641, Lacuson s'empare de la forteresse de Saint-Laurent-la-Roche (à Montaigu), y fixe sa troupe pour organiser encore quelques 'courses' en France.
Lors de la prise du château, c'est son officier Claude Andressot qui escalade la muraille (les gardes avaient été soudoyés) et lance les cordes aux suivants pour que le drapeau espagnol flotte à la surprise générale, le lendemain sur le donjon.
Ses adversaires français diront de lui: ''Les combats du sieur Lacuson étaient si généreux que si dans la Comté de Bourgogne, se rencontraient cent hommes de sa valeur, ils étaient capables de rompre une armée, tant il leur donnait de peine et de fatigue.''
Ses officiers portent les noms de Tranche-Montagne, Brise-Bataille, Pille-Muguet.
Un de ses adepte, le curé-marquis de Saint-Lupicin, célébrait la messe avec ses deux pistolets sur l'autel, guerroyait à la tête de ses paroissiens et portait une soutane rouge pour ne pas montrer ses blessures.
À Pontarlier c'est le nommé La Plaque (qui cache une blessure à la joue) qui le suit.
Bernard Clavel nous conte qu'Hortense d'Éternoz, amoureuse d'Alexandre Blondel (son fou merveilleux) sauva des dizaines d'enfants de la guerre.
Mais à la mort d'Alexandre, Hortense folle de rage devient femme de guerre,
lève une petite armée et se jette dans la bataille.
La paix revenue, s'ouvre à Dole en 1659 le fameux procès de Lacuson,
avec 44 chefs d'inculpations (dont 23 pour relations illégitimes),
ce qui donne la mesure des mœurs en temps de guerre...

 

«L' on aurait plutôt miné Montméliant et sapé
le Havre de Grâce que changer l'humeur de ces
sauvages: ils se battent partout, dans les villes,
dans les châteaux, dans les villages, dans les
clochers, dans la campagne et dans les bois et
quand ils sont nos prisonniers, encore
nous font-ils la guerre.»
Un officier français.

« Cuès-te, ouaqui les Suède ! » : « Tais-toi, voici les Suédois ! »

En cette fin d'année 1643, seules les corneilles tournoient sur le village désert de Coulans où, sur les restes calcinés des vieilles bâtisses, quelques planches claquent encore au vent.
Ce n'est pas la guerre qu'ont fuit les habitants qui, après les tentatives de conquêtes françaises, ne savent pas encore qu'une dernière invasion les attend.
L'épouvante dont ils ont été saisis, qui les a poussés à rejoindre la Suisse, la Savoie ou l'Italie est pire encore, c'est la dernière épidémie de peste.
Car les Schweds ont aussi apporté ce fléau lors de leurs déplacements.
À l'automne 1628 de nombreux villages sont abandonnés.
Début 1629, Pontarlier est à l'agonie, les foires, vendanges et tous regroupements sont interdits à Salins et Poligny mais Ornans est touchée au printemps.
En juillet, l'épidémie se répand à Salins (malgré la fermeture des portes), 1200 décès au 8 novembre, 3000 à Noël, jusqu'à 104 testaments s'enregistrent par jour où notaire et témoins se tiennent à bonne distance les uns des autres.
Un voyageur contaminé pénètre une ville et lorsque les premiers symptômes sont diagnostiqués, la moitié de la ville est déjà condamnée.
La panique vide la ville et les campagnes sont donc également infestées.
Besançon perd 1200 âmes en huit mois.
L'ordre d'abattage des chiens, chats et pourceaux est donné.
En 1630, Salins est rempli de pauvres et pour lutter contre la faim et la maladie,
on ne peut qu'autoriser la consommation de fromage pendant le carême !
La vague épidémique de 1635-36 décime en six mois 1500 ornanais sur 2300,
54 maisons sont vidées de leurs habitants déjà emmurés dès les premiers signes.
En 1636, elle atteint les montagnes, les grottes servent de refuges aux villageois,
à la moindre alerte, ils s'y réfugie et en interdisent ensuite l'accès.
L'angoisse devient de ne surtout pas se faire approcher.
Coulans n'a pas d'échappatoire car même ses grottes sont prises en tenailles entre
le chemin du village et celui de la forêt qui doit continuer à fournir Salins en bois.
Partout, on tente de retenir les fuyards en menaçant de confisquer leurs biens.
Poligny est presque vide en septembre, à partir de l'année 1637, Lons-le-Saunier va se déserter pour sept années.
En 1639, elle redouble de fureur et le 3 juillet, 140 maisons sont à nouveau contaminées simultanément à Salins malgré la fermeture de la ville, l'ébouillantage de la monnaie et la vente de sel hors des portes.
Sur les 2500 habitants de Sainte-Anne, 1500 sont fauchés.
Cet hiver 1639, c'est Mathieu Guyon le fossoyeur, qui est désigné d'office (''nettoyeur'' immunisé ou condamné) pour enterrer les victimes des villages
isolés comme Coulans, il faut aussi tester la possibilité d'un retour en y plaçant un ''éprouveur'', (femme ''ancienne'' ou enfant de ''fragile nature'').
Dans certains villages, on utilise les vaux, comme lieu de mise en quarantaine des pestiférés; dans la reculée de Coulans, la Baume-de-Mataflan (caborde de mate-faim) aurait-elle servi de nourricière pour les condamnés, est-ce ici que les vivres étaient déposées au bout d'une corde ?
En 1644, la Comté a enterré 60% de sa population.
Des centaines de villages sont à l'abandon, (sur le seul ressort d'Ornans, neufs sont morts). Il faudra attendre 1730 pour retrouver les effectifs de la population de 1620.
Les salines de Salins sont la dernière industrie à tenir debout, mais il n'y a plus de chevaux ni de chariots pour l'alimenter en bois.
«La postérité ne le croira jamais.»

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